17.6.12

L'attente de l'aube, de William Boyd

Parfois, même les incidents désagréables peuvent contenir un moment de grâce... Voir son avion retardé de plus d'une heure, quand c'est déjà le dernier de la soirée, et que vous avez pris, le matin même, l'un des tous premiers vols du jour n'est pas ce qu'il y a de plus agréable... Je n'avais rien à lire, et, à cette heure tardive et après une journée déjà bien remplie, nulle envie de rallumer l'ordinateur pour travailler en attendant l'embarquement. Alors je suis allée flâner dans la librairie de l'aéroport, où j'ai fini par jeter mon dévolu sur le dernier roman de William Boyd, dont je n'avais jamais rien lu, pour trois motifs assez minces il faut bien le dire : le titre est poétique, L'attente de l'aube, l'éditeur, le Seuil, est plutôt à mes yeux un gage de qualité, et enfin, l'affichette collée sur la vitrine mentionnait la flatteuse appréciation de la critique Olivia de Lamberterie "Un pur plaisir de lecture". Un pur plaisir de lecture : c'était juste ce dont j'avais besoin pour oublier les petits avatars de la journée, et ne pas perdre complètement ma soirée, consignée sur les fauteuils d'une salle d'embarquement.

L'histoire de Lysander Rief montre comment des contingences assez triviales peuvent, en temps de guerre, faire entièrement basculer la vie d'un homme.
En 1913, ce jeune acteur du théâtre anglais arrive à Vienne, pour consulter un médecin disciple de Freud et tenter de surmonter un problème très intime qui risque de l'empêcher de consommer son mariage avec la belle Blanche Blondel, elle aussi actrice, et en l'occurrence sa fiancée. Mais la chair est faible, les rencontres que l'on peut faire dans la salle d'attente d'un psychanalyste incongrues, et son escapade avec la jolie mais très fantasque Hettie, si elle lui permet de vérifier qu'il est guéri, va l'entraîner dans une aventure qu'il était loin de prévoir, et à vrai dire assez invraisemblable : a priori, on a du mal à imaginer en quoi le métier d'acteur peut préparer un homme à faire la guerre...
Mais les militaires le perçoivent très bien, et surtout sont maîtres dans l'art d'identifier les formidables leviers que leur offrent la situation désagréable dans laquelle se retrouve Lysander. Prisonnier à Vienne, en attendant un procès de mœurs qui de toute évidence lui vaudra une condamnation, l'individu devient beaucoup plus facile à convaincre de s'engager dans l'action militaire si on lui offre la liberté en échange...
Lysander va ainsi devenir une sorte d'agent secret, dont l'enquête va déboucher sur d'étranges recoupements avec sa vie personnelle, à telle enseigne qu'il s'interrogera sur une possible machination qui aurait pu conduire à ce qu'on le choisisse lui, précisément, pour mener la mission risquée à laquelle il répugne, mais qu'il n'a pas le choix de refuser, et où ses talents d'acteur, en effet lui seront plusieurs fois utiles...

Le personnage est attachant, notamment par les liens affectifs qu'il entretient avec sa famille, et un mélange de faiblesses dévoilées, de sang-froid et de courage démontrés. L'écriture est plaisante, fluide, souvent sensuelle, montrant comment, même dans la guerre, les hommes restent des hommes... mais sont définitivement changés après y avoir participé.

Pour qui s'intéresse à la psychanalyse, la manière dont le Dr Bensimon pratique sa thérapie est assez édifiante, et peut, selon le caractère de chacun, inciter à y chercher un recours, ou au contraire à la fuir à toutes jambes. Intéressant.

Au final, je partage l'appréciation d'Olivia de Lamberterie : un pur plaisir de lecture, pas si futile pour autant, et la découverte d'un auteur que je n'avais jamais lu, mais que je vais peut être essayer de connaître un peu mieux.

Le livre semble avoir été assez bien accueilli par la critique, même s'il est plutôt vu comme un ouvrage de divertissement, dans l'Express par exemple, ou par le blog Les 8 plumes.
Il recueille une note de 3/5 dans Babelio, qui vous permettra de trouver d'autres critiques. Personnellement, je n'aime pas donner des notes aux livres...
Sur le site de l'éditeur, vous pourrez télécharger quelques pages du livre pour vous faire une idée, et sur Madame Figaro en savoir un peu plus sur l'auteur, interviewé.

Si vous lisez l'anglais, cela vous amusera sans doute de lire la critique de The Telegraph.

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