15.1.12

Les Borgia, d'Alexandre Dumas

La série de Canal+, dont je me suis fait offrir les DVD pour Noël, m'a donné envie d'en savoir plus sur les Borgia. Et je me suis donc naturellement tournée vers notre écrivain historique national, Alexandre Dumas, qui a consacré un petit ouvrage à cette crapuleuse famille. Le scénariste de la série a de toute évidence lu Dumas, mais aussi d'autres sources. Il est en effet difficile de démêler le vrai de la légende, cette famille ayant fait couler autant d'encre que de sang, ce qui n'est pas peu dire.

Dumas s'attache essentiellement au portrait de César Borgia, fils du pape Alexandre IV et frère de Lucrèce, dont il dépeint le caractère à la manière des auteurs antiques, tout en s’intéressant plus particulièrement aux batailles menées par ce guerrier à la fois farouche, cruel et rusé. Lucrèce n'apparaît que comme un personnage secondaire, dépeinte comme la maîtresse de ses frères et de son père, ce que les historiens ne savent pas vérifier, mais surtout sans doute comme un instrument dans les mains de son père et de son frère César, ses mariages successifs servant à garantir les alliances de pouvoir qu'ils veulent contracter.

Globalement, évidemment, le tableau est édifiant : la famille Borgia semble avoir concentré tous les vices humains dans un seul sang. Goût démesuré du pouvoir, avidité pour la richesse, luxure, cruauté, assassinats et poison, mais surtout déloyauté, la parole donnée pouvant à tout moment être reprise si elle ne sert plus les intérêts de l'heure, ou si elle permet de tendre un piège habile, la famille Borgia incarne l'exact contraire de ce que la religion catholique prétend prêcher. La fresque historique de Dumas permet en tous cas d'affirmer qu'il n'est pas d'âge d'or, pas plus en ces prémices de la Renaissance qu'en des temps plus antiques, où les empereurs romains justement ont fait montre des mêmes abus, de la même démesure et des mêmes folies... que César Borgia (en hommage à son prénom ?) remet au goût du jour en cette fin de XVème siècle.

On frissonne, et on en trouverait presque rieuse et sympathique notre époque contemporaine !

Les lecteurs trouvent en général cet opus de Dumas quelque peu ennuyeux, lui reprochant de s'enliser dans les interminables batailles et changement d'alliances de César Borgia et de son père pour assurer leur puissance. C'est vrai qu'on a parfois du mal à s'y retrouver, et qu'on est assez loin des sagas familiales remplies d'anecdotes qui ont aujourd'hui la faveur du public. Mais cette lecture n'en est pas moins instructive, à compléter par quelques investigations sur le net, via Wikipedia par exemple, pour en apprendre plus sur les Borgia, leur vie, leurs (basses) œuvres, et plus généralement sur l'histoire de cette époque.

Pour la petite histoire, il semble que l'élection des papes de nos jours, qui suit le même rituel formel qu'à l'époque, fasse toujours l'objet d'intenses tractations politiques. Mon homme, un Italien, connaît personnellement le neveu d'un cardinal, qui lui en a fait la confidence. Hum, les hommes restent les hommes, quels que soient les temps...

3.1.12

La délicatesse, de David Foenkinos

Le roman a fait un tabac (10 prix littéraires, 700 000 ex), maintenant il fait un film (dont je n'ai vu que les affiches, mais Audrey Tautou est inratable), il fallait bien que je finisse par le lire, un peu par hasard, ou plutôt par marketing : il était (forcément) en tête de gondole à la Fnac, et j'en avais (forcément) entendu dire du bien...


A la première lecture, Foenkinos, c'est Gavalda au masculin : des rencontres improbables qui débouchent sur des histoires d'amour pleine de poésie du quotidien, après des péripéties parfois un peu loufoques. Histoire d'en ajouter une louche côté loufoquerie, Foenkinos ponctue son roman de petits intermèdes informatifs, genre recette de cuisine, ou scores des clubs de ligue 1 de football le soir de l'événement qu'il raconte. C'est parfois totalement sans intérêt, mais ça fait parfois sourire, et semble ancrer la fiction dans une réalité plus concrète, plus réelle, comme si l'auteur voulait nous dire que oui, ce que je raconte, c'est la vraie vie de tous les jours, celle qui pourrait être la vôtre si vous preniez seulement la peine de la regarder du bon côté, d'ouvrir un peu votre esprit, de voir la magie simple des choses.

La lecture est plaisante et rafraîchissante, et je peux comprendre que cela plaise pour se distraire de l'actualité plombée que nous servent chaque jour les médias... quand ce n'est pas la chronique de votre vraie vie qui ressemble de plus en plus à un cauchemar, que vos collègues se suicident en série, que vous soyez dans la prochaine "charrette" de licenciements, ou que votre conjoint vous annonce son intention de demander le divorce. Dans l'univers de Foenkinos, l'improbable décès du conjoint avec lequel Nathalie s'entendait de manière tout aussi improbable sera finalement surmonté... avec le plus improbable des hommes. Et le roman se dénoue sur une partie de cache-cache dans le jardin de sa grand-mère...

Si je n'ai rien contre l'idée de "réenchanter le quotidien", selon une expression qui a fait florès, et même si l'écriture est plaisante, fluide, cinématographique, j'avoue néanmoins rester un peu sur ma faim en refermant ce type de roman... Que reste-t-il pour nourrir la réflexion après une telle lecture, sinon quelques idées certes plaisantes, mais qui frisent le lieu commun et que j'ai déjà pu explorer par moi-même ? La psychologie des personnages reste somme toute assez survolée, et la philosophie superficielle.

Il est vrai qu'avec la cure de romans du 19ème que je continue de m'administrer grâce aux livres audio, il est assez difficile de rivaliser : Balzac, Zola, Dostoïevski ou Sand explorent l'âme humaine, la société de leur temps et les questions existentielles (même si le mot n'existait pas encore) avec une acuité que je peine à retrouver dans la littérature contemporaine. Est-ce parce que la littérature ne donne à voir qu'une partie de l'époque, et que j'ai trop étudié celle dans laquelle je vis pour en apprendre quelque chose dans la littérature d'aujourd'hui, alors que lire sur les siècles passés m'apprend des tas de choses que j'en ignorais ? Plus sûrement, il est vrai que je lis les plus grands auteurs du 19ème, ceux qui ont résisté à l'épreuve du temps, alors que pour ceux d'aujourd'hui, je pioche un peu au petit bonheur la chance... Je me demande tout de même s'il est possible de dépasser en qualité ce qui a été fait à cette époque en matière de romans. J'y trouve en tous cas à la fois du dépaysement, les prémices du monde contemporain, et une universalité dans les questions que soulèvent les héros de ces romans et ce qu'ils vivent, que je parviens rarement à retrouver dans les romans actuels...

Forcément, vu son succès, La délicatesse est encensée par de nombreux blogueurs. Les lecteurs de Babelio le notent 3,71/5. J'aime bien la note critique d'ivanne, qui reflète finalement assez bien mon impression. Mais Les livres de George est encore plus critique que moi... et Le monde selon..., rédigé par un garçon, pense que le livre va régaler les filles (!!). Chez les critiques professionnels, du moins ceux que j'ai survolés, ça plaît aussi.

Mettons que je suis particulièrement difficile, ou bonnet de nuit, ce qui est après tout parfaitement possible ;-)

2.1.12

Le chien de Dieu, de Patrick Bard

Il paraît que certains lecteurs se baladent dans Rome avec le livre à la main pour visiter les lieux cités dans ce thriller ;-) Pour ma part, je n'aurai pas besoin de faire l'exercice : je commence à bien connaître la capitale italienne, et je visualise parfaitement les différents lieux dans lesquels évolue Antonin Fages, prêtre français égaré par les hasards de l'histoire dans la bibliothèque du Vatican, à la fin du 18ème siècle.

Hasard ? Participant avec trois autres ecclésiastiques à la subtilisation clandestine de quelques ouvrages et documents que les bibliothécaires veulent soustraire au pillage napoléonien, notre homme se retrouve en possession d'un curieux carnet manuscrit, en langue occitane. La langue natale d'Antonin justement. La curiosité est trop forte, et il profite d'un "incident" pour garder avec lui l'étonnant carnet, le temps de le déchiffrer, au lieu de le déposer dans le repaire secret choisi par les moines pour mettre les livres à l'abri.

Hasard ? Le carnet pourrait bien éclairer le mystère de la "bête du Gévaudan", dont Antonin a vu les ravages de près : Gévaudan et Margeride, notre actuelle Lozère, c'est sa terre natale, et la "bête", il a eu l'occasion de l'affronter, avant de migrer vers Rome, au moment où la terreur de Robespierre mettait les prêtres à rude épreuve dans les campagnes françaises.

Mais le manuscrit semble intéresser beaucoup de monde, beau ou pas, mais en tout cas déterminé à récupérer le carnet par tous les moyens, fussent-ils criminels. Antonin est donc obligé d'échapper à ses terribles poursuivants, tout en essayant de terminer sa lecture, d'élucider peut-être enfin le mystère de la bête meurtrière... mais aussi des intérêts que cet ouvrage pourraient servir ou desservir, et qui expliquent la rage que mettent ses poursuivants à lui filer le train.

Naviguant entre Rome et la Lozère, l'intrigue se faufile, comme le dit l'auteur, dans les interstices de l'Histoire, pour nous livrer un très bon moment de lecture, riche en péripéties, et suffisamment documenté pour que la fiction soit plausible... ce qui est loin d'être le cas de tous les romans à suspens. Alors, même si je suis forcément de parti-pris lorsque l'auteur est l'un de mes amis, j'ai été suffisamment entraînée par le livre pour le lire d'une seule traite, et ne peux que vous le recommander.

Côté blogueurs, je n'ai trouvé que deux critiques, une positive, l'autre mitigée. Mais sur Polars Pourpres, il est noté 8/10.
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