11.9.10

La caverne des idées, de José Carlos Somoza

Selon les critiques et le libraire qui me l'a vendu, La caverne des idées est sans doute le meilleur livre de Somoza, auteur dont j'ai déjà parlé dans ce blog (un petit tour par le moteur de recherche vous permettra de retrouver les billets).

Cette fois, Somoza situe son intrigue policière (il y a toujours un meurtre chez Somoza, et même ici plusieurs) dans la Grèce antique, et surtout, ce qui fait toute l'originalité du roman, dans la traduction d'un ouvrage que nous lisons pendant qu'elle se fait, agrémentée (hum...) des notes du traducteur, qui s'interroge et s'apeure au fil que son travail avance.
On croise des éphèbes et leurs professeurs, des philosophes et donc des théories philosophiques, un sculpteur, un déchiffreur d'énigmes, en se demandant parfois où va nous mener tout cela : qui tue ces beaux éphèbes et pour quel mobile sordide ? Le traducteur est-il paranoïaque ou a-t-il vraiment des raisons de s'inquiéter pour sa propre vie au fil qu'il déchiffre les images contenues, comme en arrière plan, dans le texte qu'il traduit ?

Comme dans les romans de Somoza que j'ai déjà lus, il interroge l'art en même temps que les idées, et ici la puissance de la fiction romanesque, face aux théories philosophiques. Comme d'habitude, l'intrigue policière soutient l'intérêt, et rend le propos sous-jacent plus léger, presque badin. Pourtant, le vrai questionnement est là, et la fin du livre est magistrale, récompensant le lecteur de quelques passages que j'ai personnellement trouvés plus pesants que dans mes précédentes lectures du même auteur. Mais j'ai quand même aimé me promener dans l'Antiquité, qui m'offre toujours du délice et de la nostalgie, même si ma raison rationnelle sait qu'il n'est pas vraiment d'Age d'Or... Et j'étais peut-être moins disposée, ces derniers temps, à m'abandonner complètement à la lecture : ma critique est peut-être, pour cette raison, injuste.

J'ai encore dans ma PAL La théorie des cordes, que je garde pour un moment plus propice.

La caverne des idées a séduit beaucoup de blogueurs, vous trouverez des critiques à la pelle. En principe, elles sont positives, comme chez PolarNoir (qui propose de lire le livre deux fois, et ma foi ce n'est sans doute pas une mauvaise idée, tant il est foisonnant), La pelleteuse de nuages, Livres et compagnies, ou sur bibliosurf, qui propose en outre une interview de l'auteur. Mille et une pages est plus dubitative. Et vous ?

9.9.10

La Muse du département, d'Honoré de Balzac

Ce sera le dernier Balzac pour le moment : après cette orgie balazacienne, j'ai lu d'autres choses, que je n'ai pas encore finies d'ailleurs...

Le titre du roman m'intriguait, et le commentaire de présentation d'ebooks libres et gratuits m'a séduite : c'est comme ça que celui-ci s'est retrouvé sur mon livrel.

La Muse, c'est Dinah Piédefer, une jolie jeune femme à la fortune modeste, mais à la belle ambition, qui épouse un petit noble de Sancerre, La Baudraye, qui tente de refaire la fortune que son père a prêtée aux nobles en exil, notamment grâce au vignoble local. Un petit homme chétif dont on pense qu'il fera rapidement de Dinah une veuve, mais qui survivra vaillamment on le verra.

Munie d'un nom, d'un peu plus de fortune, de son frais minois et de pas mal d'esprit, Dinah de La Baudraye tentera d'animer sa province, d'abord en faisant salon, en écrivant des vers et de la prose, puis en imaginant de faire revenir au pays deux natifs qui ont depuis fait leur place à Paris, pour qu'ils viennent se présenter aux élections, et redonnent un peu de lustre à la vie locale.

D'abord vertueuse, elle finit par s'engager dans une liaison avec Etienne Lousteau, journaliste, vaguement écrivain, et par le suivre à Paris. Une fois passés les premiers temps de la passion, la vie du couple devient difficile. On pourrait penser que tout va très mal finir pour la pauvre Muse, mais contre toute attente, elle  retombe sur ses pieds, au moins en apparence : Balzac n'est pas Zola, et la noblesse, fut-elle petite et provinciale, dispose d'assez d'appuis et d'entregent pour effacer les petites misères de la réputation. Et La Baudraye sera finalement ravi de récupérer deux enfants qu'il aurait été bien incapable de donner à sa femme...

Une intrigue à rebondissements donc, et un personnage de femme intéressant, dont certes Balzac moque quelques travers de "Précieuse ridicule", mais dont l'ambition, qu'elle sait servir d'un remarquable sang-froid, même lorsque c'est sentimentalement difficile, suscite une certaine admiration de l'auteur, et partant du lecteur. La vision du couple, légitime ou pas, est néanmoins quelque peu déprimante. A moins qu'on y trouve matière à considérer que, finalement, on n'a pas si mal réussi soi-même, dans un contexte sociétal certes tout à fait différent, et qui, sans doute, et comme après 68 on a aimé à le penser, est plus propice.

On trouvera une intéressante notice dans l'édition critique de la Comédie Humaine en ligne, qui permet notamment de savoir dans quels autres romans on peut retrouver les principaux personnages de La Muse.
Le blog de Mediene parle des sources du roman, et de son accueil à l'époque de sa sortie. Étonnant, celui de l'ange aveugle se donne pour mission de montrer ce qu'il reste (ou plutôt d'ailleurs ce qui a disparu) du Paris de Balzac, et fait des liens étranges entre La Comédie Humaine et l'actualité.

5.9.10

Le bal de Sceaux, d'Honoré de Balzac

J'avais mis cet été pas mal de livres de Balzac dans la SD Card de mon livrel, choisis plus ou moins au hasard sur la base des résumés proposés par ebooks libres et gratuits.

Emilie, jeune fille de bonne famille, refuse tous les prétendants qu'on lui propose, mais s'éprend d'un jeune homme croisé au bal de Sceaux, dont elle ne connaît rien. Elle fera donc sa petite enquête, car le futur doit non seulement être séduisant, il doit aussi être de bonne naissance (pair de France, pour être précis), et de préférence fortuné. Eh, quand on possède soi-même tous ces attributs, n'est-ce pas, on cherche son alter ego sans complexe.

Mais la demoiselle ne sera pas un détective suffisamment avisé...

Une fois de plus, n'allez pas lire la fiche Wikipedia avant de commencer votre lecture, car toute l'intrigue y est entièrement dévoilée, privant le lecteur de son plaisir. Vous y apprendrez cependant que c'est l'une des première œuvres de La Comédie Humaine.

D'après le site consacré à La Comédie Humaine, et qui en livre d'ailleurs une version électronique intégrale munie de son appareil critique, c'est aussi l'œuvre dans laquelle Balzac livre sa vision politique et sociétale. 
Mais c'et aussi une charmante intrigue romanesque, qui séduit même les jeunes filles.

3.9.10

Le chef d'œuvre inconnu, d'Honoré de Balzac

Je sais que je ne suis pas tombée par hasard sur ce court opus de Balzac, je pense que j'ai du en entendre parler dans une émission de radio, à moins qu'il n'ait fait partie des œuvres libres de droit que Le Monde met en avant chaque jour dans sa newsletter. Bref.


Le chef d'œuvre inconnu est un récit très court, mais tout à fait saisissant : en deux chapitres, il nous offre un cours magistral sur l'art et l'amour.

Tout commence dans l'escalier qui mène à l'appartement de Porbus, ex peintre officiel de la cour, où le tout jeune Nicolas Poussin, qui commence tout juste à peindre, cherche le courage de frapper à la porte du maître. Arrive un petit vieillard croquignolet avec une grande fraise blanche autour du cou, qui entre sans façon chez le maître, Poussin s'engouffrant à sa suite. Frenhofer, c'est le petit vieillard, donne littéralement un cours de peinture en critiquant les travaux de Porbus, allant jusqu'à se saisir d'une palette pour retoucher une toile. On apprend un peu plus tard qu'il est lui même parvenu à un degré de maîtrise telle de la peinture que sa Belle-Noiseuse, un portrait de femme qu'il a réalisé, est quasiment plus vivante qu'une vraie femme. Elle est en outre parfaite, le peintre s'étant inspiré des plus belles femmes pour la créer.

Seulement voilà, cette Belle-Noiseuse, personne ne l'a jamais vue... Quelques jours plus tard, Porbus réussit à convaincre Frenhofer de dévoiler sa belle aux deux compères, à la condition que Gillette, fiancée de Poussin et très belle, vienne poser pour lui afin qu'il termine son tableau, auquel manquent d'ultimes détails. La jeune fille, offensée dans sa pudeur et son amour, se plaint que Nicolas la sacrifie à l'art, mais accepte, et les deux peintres finiront par voir le fameux tableau ...

Je ne vous dit rien de plus. Aller lire par vous même, c'est court, et c'est accessible gratuitement sur le web. Profitez-en pour tester le moteur de recherche paramétrable "fourni par Google", en haut à droite de ma page et vous verrez apparaître des résultats de recherche issus des sites mis en lien sous la rubrique "eBooks gratuits", c'est magique ! Mais n'allez pas lire l'article de Wikipedia au préalable, car il dévoile la chute !

Pas trouvé de commentaires de bloggueurs sur ce petit bijou, dont Jacques Rivettes s'est librement inspiré pour réaliser La Belle Noiseuse, film dont j'attends toujours que Glowria me l'envoie, ça fait des mois qu'il est dans ma sélection de DVD...

2.9.10

Mémoires de deux jeunes mariées, d'Honoré de Balzac

Je vous avais promis du Balzac, en voici donc. Celui-là est vraiment un billet en retard, car si je m'en souviens bien, ma lecture (sur un conseil de ma sœur) remonte... aux vacances de l'an dernier . Mais l'ouvrage est assez marquant pour que je sois capable de vous faire mon compte-rendu de mémoire. Trop fort, ce Balzac !

Il s'agit ici d'un roman épistolaire. Deux jeunes femmes, qui se sont connues au couvent, s'écrivent après l'avoir quitté pour rejoindre leurs destins respectifs.
L'une est parisienne, d'une famille assez riche, bien qu'elle-même ait été déshéritée pour assurer la situation financière de son frère aînée, ne devant qu'à l'héritage de sa grand-mère de retrouver sa liberté. L'autre est provençale, et tout à fait désargentée.

Tandis que la première cherchera toute sa vie la passion amoureuse absolue, qu'elle connaîtra d'ailleurs avec des hommes inattendus, la seconde s'attache tout d'abord à assurer son avenir, et à trouver un mari, qu'elle fera de son mieux pour apprendre à aimer.

Les lettres qu'elles s'écrivent racontent ce qu'elles vivent, mais aussi, surtout peut-être, l'idéal qu'elle poursuivent, la manière dont elles envisagent de mener leur vie amoureuse. Comme il est question de mariage, l'aspect social joue bien sûr aussi son rôle, mais il s'agit surtout de la conception qu'elles ont, chacune, de leur rôle de femme, et de celui qu'elles assignent au mari ou à l'amant.

La première ne veut se rendre qu'à l'homme qui lui vouera un amour absolu, qui parfois confine à l'esclavage tant sont rudes les épreuves à franchir pour prouver sa foi et sa noblesse d'âme à la belle jeune femme. Elle deviendra elle-même au fil du temps une esclave de l'amour, dont tous les détails doivent rester parfaits quelles que soient les circonstances. On est notamment frappé des soins qu'elle prend de son apparence, dès le petit matin. Inquiète de voir s'estomper ses atouts de jeune fille alors que les années ont passé, elle se glisse hors du lit avant le réveil de son amant pour faire une toilette complète, afin qu'il la trouve fraîche et coiffée sur l'oreiller lorsqu'il s'éveillera. Une dérive qui semble assez loi des attentes, essentiellement morales, qu'elle assignait à son premier amant.

La seconde a une approche pragmatique. Pour elle, le mariage est d'abord une obligation matérielle et sociale. Elle n'a pas les moyens de subvenir seule à ses besoins, ni de prétendre à un riche parti. Sa famille n'a plus d'argent, elle doit accepter de "se caser", quitte à accepter un homme moins noble dans ses idéaux et ses aspirations. A elle ensuite, si elle le peut, de l'aider à s'amender, se polir, s'élever, et d'étendre ses ambitions, pour qu'à la fin il atteigne un statut acceptable à ses yeux, et qu'elle puisse enfin l'aimer, ou au moins l'estimer. Entre temps, elle en aura deux enfants, qui seront son vrai grand amour.

Balzac révèle dans ce roman une étonnante capacité à endosser la voix féminine, sans la caricaturer. Le point de vue qu'il adopte est bien celui des femmes, dans son aspect le plus intime.
Si certains caractères de la société sont un peu obsolètes - et la morale sous-jacente au final conforme à la place de la femme dans la société d'alors -,  les préoccupations de fond, les rapports de couple et la conception de la relation amoureuse, sont finalement quasiment éternelles. Les femmes d'aujourd'hui trouveront donc matière à rebondir sur les questions qu'elles continuent à se poser. Et les hommes pourront mieux comprendre sans doute les aspirations de leurs compagnes.

Pas de petite vignette de couverture du livre, que j'ai lu sur mon livrel, même si le format pdf offert par ebooks libre et gratuit n'est pas le plus confortable sur ce terminal. En revanche, c'est une reprise de l'édition Furne, agrémentée d'illustrations.

Pour une fois, je trouve une bloggueuse qui a lu ses classiques, et ma foi j'adhère assez au billet de Lilly, qui a aimé aussi. Dans Wikipedia, on trouvera une présentation de l'ouvrage. La question de savoir qui Balzac préfère entre ses deux héroïnes semble tranchée par un propos de l'auteur rapporté par Décitre.

Voilà, il y aura d'autres Balzac dans les jours qui viennent, j'en ai lu trois autres cet été.

Et puis, peut-être pour me motiver à alimenter ce blog plus souvent (en réalité, je lis, mais je n'écris pas mes billets), j'ai (enfin) basculé ce blog sur la dernière version des modèles de Blogger, expérimenté le concepteur de modèle, et installé plein de widgets. Ça vous plaît ?

1.9.10

Pourquoi je ne lirai pas le prochain Houellebecq ...

En attendant de vous livrer (ah ah) quelques remarques sur mes autres lectures de vacances, voici que la rentrée littéraire nous tombe dessus à bras raccourcis...

Et je ne peux m'empêcher de parler de ce dont tout le monde parle, commence à parler, ne cessera pas de parler : le nouveau livre de Michel Houellebecq. Enfin non, je ne vais pas vous en parler, je vais juste vous conseiller d'aller lire ce qu'en dit Pierre Assouline. Je crois que toutes les raisons pour que je ne lise pas La carte et le territoire sont réunies.

Chouette, ça me laissera plus de temps pour replonger dans Balzac, dont je vous parlerai dans un prochain billet.
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