28.3.09

Capitalisme et pulsion de mort, de Gilles Dostaler et Bernard Maris

Hum, vous allez dire que j'ai des lectures bien sérieuses en ce moment... Ce n'est pas faux. Utilitaires en tous cas. Besoin de comprendre le monde dans lequel je vis, et de m'orienter dedans.

Dans cet ouvrage, les auteurs, spécialistes de l'économie, mettent en parallèle la pensée de Keynes et celle de Freud. Économie et psychanalyse ? Eh bien c'est un parallèle très pertinent, où il est démontré que la thésaurisation de l'argent est mue par la pulsion de mort, et que le capitalisme nous mène droit à la destruction, de la planète bien sûr, et par contrecoup évident, de l'humanité... ce que bon nombre d'idéologues du libéralisme ou de capitalistes pratiquants semblent régulièrement oublier, à moins qu'ils ne se disent que le déluge, ce sera après eux, et qu'en attendant, autant en profiter...

Totalement dans l'actualité de la crise, cet ouvrage est cependant le fruit de 10 ans de recherche : il arrive juste à point nommé pour nous éclairer sur la nature de ce que nous sommes en train de vivre, et peut-être, trouver des voies pour en sortir "par le haut". Mais si les pays les plus libéraux redécouvrent aujourd'hui le bien fondé de la régulation, et si le "développement durable" apparaît de plus en plus régulièrement comme le nouveau cheval de bataille de nombreux industriels, il sera nécessaire d'être particulièrement vigilant pour qu'il s'agisse d'un véritable tournant de civilisation, et pas seulement d'un remède momentané ou d'un masque aimable pour continuer de plus belle dans la voie de la croissance folle qui nous étouffera sous les immondices de la société de consommation, et de l'économie financière dont on peut aujourd'hui mesurer... la démesure. Oui, il est vraiment temps de prendre un nouveau chemin, car tous les économistes, depuis que cette "science" existe, sont formels : le capitalisme à outrance, c'est de plus en plus de richesses inutiles dans un très petit nombre de mains, pendant que ceux qui les produisent voient leurs revenus s'amenuiser de plus en plus, pour ne leur permettre que de survivre. Keynes, dans ses plus belles utopies, mais Marx aussi d'ailleurs, disait qu'une fois les choses en ordre, il suffirait de 3 heures de travail par jour pour assurer sa subsistance, et que le reste du temps, on pourrait se consacrer à la culture ou au jardinage (ce qui n'est pas forcément la même chose ;-) Cela suppose évidemment un peu plus de sobriété dans nos modes de vie, et un meilleur partage des richesses... Mais ça vaut la peine d'y réfléchir et de se battre, non ?

En attendant, lire cet ouvrage permet de revisiter des pans parfois peu connus de diverses théories économiques et psychanalytiques, de s'apercevoir que bien des choses sont découvertes et énoncées depuis longtemps (relire Aristote), et que les sociétés "primitives" avaient des modes de régulation finalement assez efficaces, à la fois fortes symboliquement et compréhensibles par tous. Et, comme on peut le constater en se penchant sur le mode de vie traditionnel des Indiens d'Amérique par exemple, très respectueux de la nature, qui en contrepartie fournissait l'abondance. Pourquoi ces civilisations n'ont-elles pas survécu ? Hum, parce que pulsion de vie et pulsion de mort sont toujours étroitement liées, parce que l'homme n'est pas "naturellement bon" comme le prétendait Rousseau, mais qu'au contraire c'est un prédateur. Le capitalisme semble être une prédation particulièrement sophistiquée, qui s'est en quelques décennies seulement, approprié le progrès technologique, aliéné le temps des hommes et les croyances religieuses pour proclamer une fausse égalité qui permet à quelques uns seulement de s'approprier les richesses...

Pas identifié de critique d'internaute sur ce livre, mais un papier très explicatif sur Rue89, et une critique assortie d'une vidéo de Bernard Maris sur Marianne2

24.3.09

Les Japonais, de Karyn Poupée

Je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de cet excellent livre, acheté dans le cadre d'une recherche professionnelle, et que j'ai dévoré comme un roman.

Karyn Poupée, française installée au Japon, correspondante de l'AFP et du groupe Chronos, cabinet de réflexion sociologique et prospective, vous fait vivre le Japon comme si vous y étiez.
Pour nous permettre de comprendre le Japon contemporain, elle nous rappelle l'histoire récente de ce pays fascinant, avant de nous plonger dans un quotidien saturé de High-Tech, où tous les acteurs de la société, individus comme entreprises, semblent obsédés par la perfection... et croire que la technologie permettra de l'atteindre.

C'est tour à tour bluffant, sidérant ou ridicule à nos yeux d'occidentaux, mais cela nous permet de comprendre ce qui parfois nous semble inconcevable, et de dégager quelques principes intéressants à transposer dans notre société pourtant si différente.

Le propos de l'auteure, qui semble parfois trop enthousiaste, est pondéré à la fin de l'ouvrage par une réflexion plus critique sur les perspective d'évolution du "modèle japonais".

Truffé de chiffres récents et d'informations concrètes, l'ouvrage est écrit d'une plume alerte, et on dévore ses 500 pages sans s'ennuyer une minute.

Malheureusement, le papier du Monde est en archive payante, mais on peut lire le papier de présentation de BiblioMonde.

Karyn Poupée anime également un blog, "En direct de Tokyo", où vous pourrez trouver des extraits de presse à propos de son livre, et d'autres articles sur la vie au Japon.

Edit du 29 juin : La journaliste Karyn Poupée lauréate du prix Shibusawa-Claudel
Un prix bien mérité ma foi!

23.3.09

L'art de l'essentiel, de Dominique Loreau

Peu de temps pour lire en ce moment... Pour dire le vrai, j'ai passé le dernier mois à travailler non stop, ou presque... Mais un jour que j'avais manqué mon vol et devais donc patienter jusqu'au suivant, je suis allée traîner au Relais H d'Orly Ouest. En général, c'est amusant, les livres qui me sautent dans les mains quasiment par hasard sont en réalité en résonance avec mon ressenti profond du moment.

Depuis de longs mois, j'ai envie et besoin d'alléger ma vie. Les modèles proposés par notre belle société de consommation me déplaisent de plus en plus : non seulement ils sont inadaptés et aberrants au regard des ressources de notre planète, mais en plus, ils sont aliénants pour l'homme, et n'apportent aucune satisfaction profonde.

Dépouiller sa manière de vivre n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, une démarche austère, ni une "purge" qu'on devrait avaler comme une punition, mais une libération joyeuse.
C'est ce que dit Dominique Loreau dans ce livre à la belle couverture, et sa lecture m'a singulièrement apaisée et motivée à démarrer enfin ce "grand nettoyage de printemps" bien nécessaire pour libérer l'espace de mon petit appartement. Petit ? Hum, une fois que je me serai débarrassée de toutes les choses inutiles qui l'encombrent, il sera finalement bien assez grand pour moi, et je perdrai moins de temps à chercher mes affaires, à les ranger, à les entretenir, puisque j'en aurai moins. Je me sentirai aussi plus libre de partir emménager ailleurs si finalement j'en ai envie quand même, car le déménagement sera bien plus facile à gérer. Et surtout, je vais commencer à retrouver enfin du temps pour les choses qui m'intéressent vraiment (comme la lecture). Sans parler de cette extraordinaire sérénité qui me gagne en m'apercevant qu'in fine, je n'ai pas besoin de tant que ça pour vivre... et que je serai donc toujours capable d'y pourvoir...

Oui, vraiment, le petit livre de Dominique Loreau fait du bien.

D'après Baronnette, "l'art de la simplicité", son précédent ouvrage, était mieux. Visiblement dans la même veine, si l'on en croit l'entretien de Nouvelles Clés avec l'auteure... Et oui, c'est vrai que sa manière d'aborder les choses est très personnelle, moi non plus je ne suis pas d'accord avec tous les conseils. Mais l'idée générale est intéressante, y compris dans la manière dont elle en fait un "système" pour l'appliquer à tout. Ensuite, il ne reste plus qu'à réfléchir à la manière dont soi-même on veut l'appliquer, pour devenir plus authentique et plus léger...
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