30.12.08

Les Rivières pourpres, de Jean-Christophe Grangé

Quitte à lire un thriller, autant choisir le meilleur du genre en français, non ? C'est Dino qui m'a conseillé Grangé et Les Rivières pourpres, et ma foi, c'était un bon conseil.

Je n'en dirai pas trop, pour conserver intact le plaisir de ceux qui n'ont pas encore lu ce roman, à l'intrigue incroyable, originale et remarquablement construite.

Le commissaire Niémans est appelé à la rescousse de Paris pour élucider un meurtre commis dans une petite ville d'Isère, où l'on a retrouvé, suspendu au dessus d'un charmant lac de montagne, un cadavre horriblement mutilé. En parallèle, un jeune inspecteur, Karim Abdouf, tente de comprendre de mystérieux cambriolages dans une école primaire et la profanation d'une tombe d'enfant, dans un petit village du Lot. Au départ, on peine à voir le rapport entre les deux enquêtes. Mais la route des deux flics hors normes va cependant se croiser, pour reconstituer le puzzle d'une hallucinante machination, qui remonte à plusieurs décennies.

Tous les ingrédients sont réunis : une écriture fluide, une intrigue rythmée de nombreux rebondissements, une dose d'horreur - qui reste cependant très soutenable dans un roman -, un mobile sophistiqué qui ne se dévoile que très progressivement, la psychologie des flics hantés par leurs propres démons. Bref, 400 pages qu'on ne lâche pas avant la fin...

Sur Ciao, les internautes sont unanimes et recommandent chaleureusement la lecture du livre, comme sur Rats de biblio-net, à une exception près.

A lire plutôt après le livre, la présentation détaillée du roman et du film qui en a été tiré, sur le site de Jean-Christophe Grangé. Pour en savoir plus sur l'auteur, on peut aussi consulter sa fiche Wikipedia.

29.12.08

Le Réseau Corneille, de Ken Follett

Besoin de me changer les idées : rien de mieux qu'un thriller !
Et comme j'avais plutôt bien aimé Les piliers de la terre, j'ai récidivé avec Ken Follett.

L'action se situe ici pendant la seconde guerre mondiale, quelques jours avant le débarquement des alliés sur les plages de Normandie. Un groupe d'agents anglais, six femmes exactement, organisent le sabotage du principal central téléphonique des Allemands, à proximité de Reims. Cela bien sûr n'ira pas sans moult rebondissements, qui tiennent le lecteur en haleine pendant 600 pages.

C'est du Ken Follett : c'est bien ficelé, les personnages sont bien campés, l'action ne languit jamais. Mais j'ai moins accroché qu'à ma précédente lecture de Follett. La trame romanesque m'a semblée moins bien travaillée, et je ne suis pas une fan des romans de guerre. Bref, de quoi occuper un dimanche pluvieux et se vider la tête, mais pas un moment de littérature inoubliable.

Les internautes dans l'ensemble apprécient (Bibliotheca, La bibliothèque d'Allie, Club des rats de biblio-net, Entre les lignes, Critiques Libres, Babelio), même si tout le monde est bien d'accord sur le fait qu'il s'agit d'un divertissement. Mais faut-il chercher autre chose sous la plume de Follett ?

28.12.08

Un beau ténébreux, de Julien Gracq

J'ai eu envie de lire ce livre parce qu'un autre livre en parlait, mais je ne sais plus lequel. De toute façon, peu de choses à jeter chez cet auteur, il s'agit davantage de choisir dans quel ordre on lira ses livres...

Ce que j'aime chez Gracq, c'est qu'on a l'impression de se trouver dans la peau et dans la cervelle de ses personnages, plus particulièrement ici celles de Gérard, le narrateur qui nous conte un fragment d'histoire de ce beau ténébreux, Allan, au travers d'un journal de vacances en Bretagne.

Une fois de plus, Gracq invente les lieux de l'intrigue... mais on ne s'en aperçoit que si on les cherche sur une carte. Les personnages sont tout aussi crédibles, quatre célibataires et deux couples en vacances dans cette petite station balnéaire, où ils prolongeront leur séjour bien au-delà de l'été... Comme souvent dans les romans, ils ont le loisir de s'attarder, de vivre jusqu'au bout ce qu'ils sentent ou pressentent, de laisser se dérouler les évènements jusqu'à leur dénouement, pour en tirer peut-être toutes les leçons, ou au moins les avoir vécu dans leur intégralité, même si leur mystère in fine reste en partie insondable...

Il est question ici de la condition humaine, du statut qu'on se donne ou que les autres veulent bien vous accorder par le regard qu'ils portent sur vous... sans vous protéger pour autant. Les six personnages, dont certains ne se connaissaient pas avant ce séjour, recréent une mini société où s'exprime toute la complexité des rapports humains. Comme toujours chez Gracq, les sentiments sont dénudés, exposés sans fard, dans leur grandeur comme dans leur trivialité, sans jugement de valeur non plus : juste l'humain aux prises avec l'habituelle difficulté à vivre, avec ses désirs et ses peurs, ses pulsions plus ou moins contrariées par les règles de la vie sociale.

Les paysages, toujours décrits avec minutie, forment un écrin pour l'âme, produisant ou accompagnant l'état d'esprit des personnages, on ne sait pas très bien quoi s'accorde à quoi...

Toute l'histoire tourne autour d'Allan Murchison, personnage haut en couleur qui concentre tous les regards dès qu'il pénètre quelque part, et dont on comprend mal ce qu'il est venu faire dans cette station balnéaire sans prétention, lui qui semble fait pour le faste. Admiration, jalousie, défiance, passion, il déchaîne les sentiments tout autant qu'il intrigue. On finira par savoir ce qu'il est venu faire ici, si bien pressenti par son ami Gregory qui a préféré fuir le théâtre des opérations. On ne saura pas vraiment pourquoi il en est arrivé là, même si on le pressent... Dans l'intervalle, on aura pu observer les réactions qu'il suscite, révélant un peu de la nature de chacun des protagonistes de l'histoire...

On ne lit plus beaucoup Gracq, sans doute parce que l'auteur refusait de se faire éditer en poche. Chez les internautes, Un beau ténébreux ferait plutôt l'unanimité contre lui, sur le blog de Woland ou sur ZazieWeb, tandis qu'Odivo sur Shvoong le trouve angoissant. Pitou est plus nuancé.
Comme d'habitude, je vous recommande de ne lire les critiques qu'après le livre, pour ne pas déflorer votre plaisir de lecture.

On peut aussi lire la présentation du roman sur Cultures France, et sur le site de José Corti, son éditeur.

J'ai volé la photo de l'auteur sur le site du journal Le Devoir, qui a publié une rétrospective de la vie de Gracq, décédé l'an dernier.

7.12.08

La Signora Wilson, de Patrice Salsa

J'aime Rome. Je me demande d'ailleurs qui pourrait ne pas aimer la ville éternelle. J'ai eu la chance d'y aller déjà trois fois, et je sais que j'y retournerai encore, et ce sera toujours avec le même plaisir. C'est Antonioni, avec Identification d'une femme qui m'a rendue amoureuse de cette ville. C'est parce que je vis avec un Italien que j'ai la chance de la connaître, et d'y retourner régulièrement.

C'est parce qu'il se passe à Rome que j'ai acheté ce livre, car je ne me lasse jamais de lire des descriptions de cette ville, ou simplement de visualiser les rues, places et monuments cités. Une pointe de mystère aussi m'avait intriguée dans la présentation du livre, où il est question d'une "étrange machination organisée par la Signora Wilson", que divers correspondants demandent au téléphone à ce jeune Français, récemment installé dans un palazzo romain, alors qu'il vient de prendre ses fonctions dans une ambassade... où tout le monde semble à peu près aussi dilettante que lui.

Le jour où démarre le roman, il se fait renverser par une voiture en traversant le largo Torre Argentina (une belle place avec de mystérieux vestiges antiques envahis par les chats errants, et l'une de mes boutiques préférées, la librairie Feltrinelli). Curieusement, il se sort indemne de l'accident, il a seulement des douleurs répétées et persistantes dans la mâchoire. Mais le quotidien du jeune homme bascule alors dans l'étrange, où les souvenirs d'enfance se mêlent à des évènements surprenants, où d'improbables coïncidences s'accumulent, sans que ni le narrateur, ni le lecteur ne parviennent à pénétrer le mystère, qui se dénoue seulement à la fin, en quelques phrases qui éclairent tout le reste...

L'écriture est belle, avec un vocabulaire luxuriant qui fait une large part à des mots rarement employés, comme "singlet" pour désigner un maillot de corps, ou encore la débauche de noms de couleurs qu'il emploie pour décrire les robes d'une étonnante boutique de vêtements de soirée. Qui sait que le satin "ponceau" est rouge comme le coquelicot ? Elle est aussi très sensuelle, voire très crue parfois, et j'aime bien ce contraste avec le vocabulaire précieux. L'auteur est sans doute érudit, mais il use de son érudition avec suffisamment de parcimonie pour ne pas indisposer le lecteur.

Bref, j'ai bien aimé, et vous recommande la lecture de ce bref ouvrage qui se lit en un dimanche après-midi. C'est vrai que je suis rarement déçue par les choix d'Actes Sud, où le contenu des livres est la plupart du temps à la hauteur des belles couvertures...

Je partage assez l'avis de Cléanthe, dont je découvre le blog en cherchant des critiques de ce livre, et ma foi, je vais aller fouiller un peu, car ce lecteur semble partager quelques uns de mes goûts (Somoza, Pamuk, Perez-Reverte...). Chez Homo-Libris, on a moins aimé que le premier roman de Patrice Salsa, Un garçon naturel... que du coup je vais peut-être bien inscrire sur ma liste de lecture... La critique de Sitarmag est en revanche franchement positive, et assez bien écrite, quoique peut-être un peu trop bavarde pour être lue avant le livre... On pourra donc, comme moi, se contenter de la 4ème de couverture, dont le texte est donné sur le site d'Actes Sud.



Edit du 8 décembre

Le second commentaire de ce billet est signé PS. Patrice Salsa ? Sans doute, compte tenu de sa teneur... En tous cas, il offre un très joli lien, vers les musiques citées dans le livre, que le narrateur écoute en boucle... Etonnant d'ailleurs que je n'en aie pas parlé dans mon billet... parce que je partage pas mal des goûts de ce narrateur, connaissais la plupart des musiques (et je suis ravie de découvrir les autres), et que j'ai moi aussi la manie d'écouter en boucle les musiques que j'aime. Pas pour les mêmes raisons que le héros du livre cependant (mais en fait je ne sais pas pourquoi je le fais :-)
Toujours est-il que vous pourrez ainsi lire en musique, ce qui ma foi est très agréable, et m'inciterait presque à reprendre le livre une seconde fois.
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