31.8.06

Châteaux fantastiques de Bretagne, d'Olivier Eudes

Olivier Eudes a rassemblé dans cet ouvrage des contes bretons purement imaginaires, et des légendes basées sur des faits historiques survenus dans les châteaux bretons.

La plupart des contes ont été collectés au 19ème siècle par François-Marie Luzel et traduits du breton. Ils valent bien ma foi les contes de Grimm et autres auteurs fameux, et leur diffusion plus modeste tient sans doute pour une large part à l'anonymat de leur auteur. Il est d'ailleurs fort possible, comme c'est souvent le cas pour les contes, qu'ils aient été remodelés, enrichis, enjolivés ou au contraire amputés par les conteurs successifs qui les ont rapportés. Mon préféré par exemple, "Jean au bâton de fer et les trois princesses" a selon la note de fin été transformé par le boulanger qui l'a conté.

Parmi les histoires basées sur des faits historiques, beaucoup bien sûr sont sanglantes : comme moult autres régions, la Bretagne connut une histoire mouvementée et de nombreuses luttes de pouvoir. L'histoire de "La Dame de Kerjean" évite les effusions de sang, et nous montre une femme d'honneur, mais aussi pleine d'esprit, en sus de la beauté mentionnée par l'histoire.
Bref, de quoi pimenter toute visite des châteaux de Bretagne, en tendant bien l'oreille pour identifier quelle version de l"histoire nous sert le guide qui pilote la visite...

30.8.06

Brocéliande, de Charles Le Goffic et Auguste Dupouy

Vacances bretonnes obligent, un peu de lecture locale s'impose. Dupouy a achevé le travail de Le Goffic, qui a eu la mauvaise idée de disparaître avant la parution de son livre. En dépit du sur-titre "Les plus beaux contes",il ne faut pas s'attendre à trouver dans l'ouvrage une série de contes repris des légendes ancestrales situées dans la forêt de Brocéliande. Notre auteur l'assimile, comme beaucoup d'autres, à la forêt de Paimpont. Elle pourrait être ailleurs, semble-t-il, tant les contes et légendes celtes ont souvent traversés la Manche, pour se partager presque également entre la petite et la grande Bretagne, et jusqu'en Irlande et en Ecosse. Ces deux derniers territoires d'ailleurs comptent un certain nombre de points communs avec notre Bretagne, et c'est peut-être pour ça que j'ai tant aimé y séjourner.

Mais revenons au livre : il recense les légendes, mythes, contes populaires, et faits historiques qui ont pu les fonder, que l'auteur a pu retrouver dans d'autres ouvrages, ou dans ses échanges avec des habitants du coin, châtelains de Trécesson ou paysannes âgées des environs, et remet à leurs places quelques visions par trop poétiques ou fantaisistes selon l'auteur.

Intéressant quand il donne une vue d'ensemble des légendes arthuriennes, et nous renvoie à ses meilleurs auteurs, Chrestien de Troyes le champenois pour les textes d'origine, et Jacques Boulenger pour la transcription moderne. Parfait, ils sont dans ma bibliothèque, et je pourrai les relire avec profit : quand je m'en délectais à l'adolescence, je n'avais pas totalement réalisé que la scène en était sur la terre de mes ancêtres. Ma grand-mère est originaire de Saint-Méen (prononcer Saint-Main), siège d'une abbaye dont nous parlent Le Goffic et Dupouy. Je ne sais pas si c'est la raison pour laquelle je fus si passionnée de cette littérature dans mes jeunes années. Comme j'ai un peu oublié les détails, je vais relire...

Incitatif à la balade lorsqu'il évoque ses propres visites à la forêt de Brocéliande, qu'il décrit ma foi plutôt bien, tant d'un point de vue topographique que d'un point de vue poétique.
Instructif lorsqu'il relate certaines légendes et croyances populaires, ou la vie des saints locaux.
Plus fouillis (mais c'est peut-être mon manque de connaissances historiques) lorsqu'il se pique de retracer les grandes heures de l'histoire locale. J'avoue que je me perds dans ces histoires de chouannerie, de libéraux et de royaux, de privilèges abolis puis reconquis en catimini...

Incomplet forcément quant aux légendes récentes que l'on entend raconter par les guides qui mènent des troupes d'enfants ou des touristes étrangers à travers la forêt : Le Goffic a écrit son livre en 1931. Mais comme l'auteur le dit lui-même, le propre des légendes, c'est de se renouveler en permanence, bâties sur le souvenir de faits plus ou moins merveilleux, et en fonction des croyances du temps... Et si le nôtre se veut rationnel, il porte aussi une aspiration collective au retour vers la nature, même si on l'idéalise parfois. Fontaines magiques, étangs-miroirs aux fées, arbres d'or et sortilèges portés par le vent ont donc encore de beaux jours devant eux, et c'est tant mieux !

Bon, a priori, peu de lecteurs de Charles Le Goffic, pourtant académicien, ce qui n'empêche pas d'être critiqué, et peut-être critiquable : je ne suis pas assez spécilialiste pour juger ! Il est parfois difficile de se faire une idée juste de ce qui relève du "marketing touristique" ou du vrai travail de mise en valeur d'un patrimoine culturel local... Aussi je vous laisserai juge de la qualité et de l'intérêt du Guide de Brocéliande, et du Centre de l'imaginaire arthurien, que je n'ai pas visité. La rubrique "Librairie" du site web comporte cependant d'intéressantes références bibliographiques pour qui souhaite approfondir le sujet.

29.8.06

Ensemble, c'est tout, d'Anna Gavalda

Avec quatre personnages cabossés par la vie, auxquels a priori on n'accorderait pas plus d'attention que ça, Gavalda bricole une histoire captivante, qu'on lit sans reprendre son souffle. Elle les fait échouer dans le même appartement parisien, vestige improbable d'une splendeur passée et logis provisoire d'un jeune noble mis sur la touche par sa famille, assez grand pour accueillir les trois autres personnages : un jeune chef cuisinier qui s'échine derrière les fourneaux d'un restaurant en tant que second de cuisine, une jeune fille qui semble avoir du talent pour le dessin, et la grand-mère du cuisinier, rescapée d'une maison de retraite sordide. En dépit de caractères et de parcours a priori assez peu compatibles, la mayonnaise prend, petit à petit. Et chaque destinée, qui semblait de prime abord assez désespérée, ou au moins assez morne, prend un nouveau tour, grâce à l'attention que chacun veut bien accorder à l'autre, et tous préjugés piétinés.
Sous la plume de Gavalda, tout devient possible. L'addition de talents bredouillants, qui se méconnaissent parfois eux-mêmes, produit un joli feu d'artifice. Gentillesse et tolérance finissent par avoir raison des caractères les plus bourrus, les bons petits plats du cuisinier de l'anorexie de la jeune peintre, tandis-que l'amitié de ces deux là exorcisent le bégaiement du jeune Philibert qui les héberge. La Mamie les rejoindra plus tard.
Je ne raconterai pas l'histoire : il faut la lire, car ce sont ses méandres et ses rebondissements qui en font tout le sel, et qui sont tout le talent de l'auteur. Aucun de nous dans la vraie vie ne miserait sur le succès entre de tels colocataires... et c'est la manière dont elle met tout cela en place qui fait l'intérêt du bouquin. Et puis quelques belles descriptions : la préparation d'un réveillon dans les cuisines d'un restaurant parisien, et la tuerie du cochon dans une ferme, vues par les yeux de la Camille du roman, sont d'assez chouettes morceaux d'anthologie.
Au passage, Gavalda nous donne une leçon de savoir-vivre en société, pour nous réconcilier avec notre voisin de pallier, nos collègues de bureau, notre famille... et pourquoi pas, nous-même ! Elle nous rappelle qu'en chacun de nous, il y a une forme de talent, qu'il nous appartient de découvrir et de nourrir. C'est ce que font ses personnages, pour le plus grand profit de tous.

Evidemment, les lecteurs adorent, et pour Gavalda, on remonte des dizaines de pages... Je n'en cite que quelques-unes : Mondalire, Paris Etudiant, Carnet de Lectures, Blog de Pierre, Bookcrossing, La bibliothèque d'Allie, Club des rats de biblio-net, et j'en passe. Bien sûr, quelques uns râlent aux bons sentiments et à la fin "convenue", mais dans l'ensemble, c'est du bonheur ! Même pour les journalistes, sur @lalettre, fluctuat.net, ArtsLivres, ou L'Express Livres. Pour les interviews de l'auteure, voir Evène, ou dans Lire, les rapports d'Anna Gavalda avec l'argent : c'est sans surprise, Gavalda est une fille saine sur tous les plans !

27.8.06

La pièce d'or, de Ken Bugul


Dernier des trois ouvrages que j'ai achetés durant Africajarc, La pièce d'or raconte, à la manière d'un conte épique, les désillusions et les espérances d'un peuple, vue par les yeux d'un homme, Ba'Moïse, qui un jour décide de quitter son village pour rejoindre la ville, où il espère faire fortune, ou du moins retrouver des moyens suffisants pour assurer une vie décente à sa famille. Il espérait que son fils aîné Moïse pourrait la leur offrir, mais ce dernier s'est fait exclure de la fonction publique pour cause de discours subversifs, et vit de rien en attendant que le peuple prenne conscience qu'il doit se mettre en marche pour obtenir du pouvoir en place la prise en compte de ses besoins, et le partage des richesses. C'est là le thème central du livre, qui revient comme une litanie tout au long des pages, accompagné d'une critique de l'occupant "venu d'ailleurs" - l'occupant colonial, et, plus acerbe encore, du "nouvel occupant", ce pouvoir autochtone qui s'accapare toutes les richesses, y compris les aides occidentales qu'il s'emploie à récupérer... pour les détourner à son seul profit.
On y voit la peinture d'un pays qui s'appauvrit de plus en plus, tandis que les moeurs se délitent et que le peuple perd sa dignité, n'ayant plus l'espoir de pouvoir vivre décemment de son travail, l'économie traditionnelle ayant été détruite sans être remplacée par un système plus efficace, bien au contraire.
Et la pièce d'or dans tout ça ? C'est une sorte de talisman, offert par une sorte de djinn, et transmis par une aïeule à l'épouse de Ba'Moïse. Elle ne doit en aucun cas être vendue ou perdue : tant qu'elle restera dans le foyer, elle sera garante de l'espoir et de possibles jours meilleurs. A la fin de l'ouvrage, cette pièce d'or devient la quête de toute la population : c'est la pièce échappée de l'écuelle du Condorong, que les tenants du pouvoir se sont appropriés. Mais l'écuelle sans la pièce n'est rien, rassembler les deux garantit la richesse éternelle. Seulement, la pièce d'or est détenue par quelqu'un du peuple, et le peuple n'est plus disposé semble-t-il à se laisser plumer...
Sans doute ce livre évoque-t-il des mythes africains dont la connaissance échappe au lecteur occidental néophyte. La peinture sociale est en revanche tout à fait lisible, et on y retrouve, comme dans le roman d'Adame Ba Konaré, une société constrastée où un petit nombre de nantis s'étourdissent dans un luxe ahurissant tandis qu'une grande partie du peuple vit sur les décharges des grandes villes.
Cependant, même si on la comprend, la ritournelle lancinante de la critique du pouvoir, et du "grondement lourd et sourd qui monte des entrailles de la terre" gâche un peu selon moi la magie, et partant la puissance de ce qui pourrait être un conte philosophique.
Il faudra que je lise Le Baobab fou, qui semble assez largement inspiré de la vie réelle de Ken Bugul, dont la personnalité et les propos m'avaient bien plu lors de la conférence sur l'excision, et du bref échange que j'ai eu avec elle lorsqu'elle m'a signé son livre.

Pas de critiques de lecteurs pour cet ouvrage, sans doute pas assez connu et diffusé. Les journalistes l'ont plutôt bien accueilli, voir Le Temps et Lire. Evene propose une présentation assez complète du livre, et surtout une intéressante interview de Ken Bugul. Une autre présentation sur le site de l'éditeur, UBU éditions, propose également une interview reprise du Magazine Littéraire, et un extrait du livre. Sur Lire les Femmes écrivains et les littératures africaines, on trouve une biographique de l'auteur et une présentation de ses différents ouvrage. Portes d'Afrique présente également une biographie de Ken Bugul.

14.8.06

Le pacte d'Awa, d'Agnès Boussuge et Elise Thiébaut

Revenons en Afrique : je n'ai pas terminé de lire la moisson de bouquins identifiés suite à la conférence "Sexualité et ordre social en Afrique". Le pacte d'Awa, pour en finir avec les mutilations sexuelles, est un petit ouvrage documentaire très bien fait et très facile à lire.

Témoignages, chiffres clefs, actions entreprises par les associations pour faire reculer ces pratiques, explications historiques, culturelles et religieuses : en quelques dizaines de pages, on comprend le phénomène, son ampleur, et comment on peut agir. A mettre entre toutes les mains, en particulier celles des pédagogues ... et des enfants (à partir de 13 ans) d'origine africaine, qui peuvent être confrontés à ces pratiques en Europe, ou lors d'un retour au pays, parfois à l'insu de leurs parents.

On peut trouver une bonne présentation du livre sur Afrik.com, et sur Les Pénélopes.

6.8.06

Spirales, de Tatiana de Rosnay

Un peu de littérature distractive pour les vacances ? Le polar psychologique de Tatiana de Rosnay, qui vient de sortir en poche, se lit avec plaisir et facilité. Je lis peu de polars, je n'ai donc pas d'avis autorisé sur l'originalité de l'intrigue, ou le degré de suspens. Mais c'est bien ficelé, et ça fait quand même réfléchir : pour s'être laissée aller à un coup de tête, Hélène Harbelin, la sage héroïne de Spirales, épouse, mère et citoyenne modèle, découvre qu'elle peut être lâche, et parfaite comédienne. Simplement pour garder sa respectabilité, elle va finalement se retrouver avec trois morts sur la conscience... et tourner en bourrique, comme disait ma grand-mère.
Sur la fin du bouquin, on ne sait plus trop discerner le vrai du faux, mais c'est sûrement voulu, et de toute façon on s'en fiche : on a passé un bon moment à lire le livre d'une traite, et on peut s'imaginer le reste comme on veut.
Pourquoi j'ai lu ce polar là alors que je n'en lis presque jamais ? En fait, je ne lis que ceux des gens que je connais un peu. Tatiana de Rosnay est aussi l'auteur du blog Fig Tree, indexé dans les liens du mien parce que j'avais bien aimé une de ses critiques de livres, sans même savoir à l'époqe qui elle était. Elle me donne parfois des idées de lectures. Alors j'ai eu envie de savoir aussi comment elle écrivait. Plutôt bien.

Le livre est présenté sur le site web de Tatiana. Dans l'ensemble, les lecteurs l'ont plutôt aimé. 5 étoiles sur Evene, des notes plus variées sur le Club des rats de biblio-net, et pour finir, un sympathique échange de commentaires entre l'auteure et sa lectrice sur le blog Val et les livres, qui éclairera les curieux sur les interprétations possibles de la fin du livre (A ne pas lire avant de lire le bouquin !!)

Eloge des femmes mûres, de Stephen Vizinczey

A quoi bon vanter cet ouvrage dont toute la presse a déjà fait l'éloge, presque au-delà du raisonnable ? Je ne sais plus où j'ai lu que ce bouquin était incontournable... tant et si bien que je l'ai acheté. Je ne l'éreinterai pas pour autant : je l'ai lu d'une seule traite, et sans m'ennuyer une minute. Mais qu'ai-je appris dans ce livre que tous s'accordent à voir comme une sorte de roman initiatique ? Étant moi-même une femme mûre, et même un peu plus que celles dont nous parle l'auteur, je savais déjà ce qui me sépare de l'adolescente idiote ou de la jeune femme rigide que je fus, comme tant d'autres...
Il reste cependant toujours intéressant, pour mieux comprendre ce que sont les hommes, de les entendre nous parler de nous, de leurs relations avec nous, ce que finalement ils ne font pas si souvent avec cette franchise.

Mais je crois que ce que j'ai préféré dans ce livre, c'est le cheminement de vie de cet homme, bousculé par les événements de l'histoire, et qui n'en a pas moins réussi à développer son travail d'universitaire... tout en se gardant toujours assez de temps pour le passer avec les femmes. Certes, avec des maîtresses, ce qui est toujours plus facile à concilier avec la vie que les épouses, surtout lorsqu'elles ont des enfants. Mais tout de même... Ce qu'il a de touchant, c'est qu'il tombe amoureux... parfois peut-être seulement parce qu'il se sent seul, ce qui est le lot de tout célibataire, homme ou femme, par choix ou par circonstance. Mais il apparaît au moins sincère et investi dans ses relations avec les femmes. Et je crois en effet qu'on peut l'être, même dans des relations relativement éphémères. Seule la durée est un problème, dans ce monde où tout va de plus en plus vite alors que nous vivons de plus en plus longtemps... Mais il montre bien aussi que même avant la "libération sexuelle" (dont je me demande toujours si c'en est vraiment une...), les couples étaient déjà confrontés à cette problématique, et s'en arrangeaient tant bien que mal.

Ce que j'ai aimé aussi, c'est l'ambiance générale du bouquin. Une pensée moderne et libertaire dans le monde raffiné et un peu suranné de l'Europe de l'Est. Et le regard qu'il porte sur les pays qu'il traverse... dont les différences culturelles sont traitées sous l'angle finalement assez pertinent du rapport entre les hommes et les femmes. Oui, finalement, on peut dire ça : le degré de civilisation se mesure à la qualité des relations entre les hommes et les femmes, à leur émancipation réelle. Et dans ce sens, oui, sûrement, Stephen Vizinczey est quelqu'un de très civilisé...

Decitre reprend les extraits de critiques que l'on peut lire en couverture du livre, tandis qu'Alexandre Roulois pour encritude nous raconte quasiment tout le bouquin avant d'en faire le même éloge que tout le monde. Le Serveur Hélène reprend les termes d'une interview de l'éditeur. Les lecteurs sont toutefois plus circonspects sur le Club des rats de biblio-net. Je ne suis pas aussi sévère qu'eux... même si moi aussi je me méfie toujours des critiques de presse, qui, soucieux peut-être de paraître n'avoir point perdu leur fraîcheur et leur capacité à s'enthousiasmer... s'enthousiasment parfois plus que de raison ! Ceci étant, je pense que ce livre s'appréhende très différemment selon le moment de sa vie auquel on le lit !

3.8.06

Quand l'ail se frotte à l'encens, d'Adame Ba Konaré

Poursuivons dans la littérature africaine, et plus précisément avec les écrits des participantes au débat précédemment évoqué. Quand l'ail se frotte à l'encens est le premier roman d'Adame Ba Konaré, qui est une historienne distinguée, ancienne première dame du Mali, et épouse de l'actuel président de l'Union Africaine.

L'histoire se passe à Bamako, dans les années 90, et confronte les belles élégantes qui se parfument à l'encens avec les pauvres démunis qui puent l'ail. L'écriture est assez belle, bien que parfois un peu trop académique, et restitue les ambiances de manière très sensuelle. L'ironie est légère, et le récit ressemble par instants à un conte...

Je ne connais pas l'histoire du Mali, mais d'après le peu que j'ai lu, il semblerait que les émeutes décrites dans l'ouvrage soient en réalité le prélude au renversement du régime autoritaire de Moussa Traoré, auquel Alpha Oumar Konaré a succédé en tant que premier président démocratique du Mali.

La fin du livre n'en est que plus déconcertante.
Il ne finit pas comme le conte qu'il pourrait être, et il me fait l'effet d'une sorte de parabole sans morale...
Il ne s'ouvre pas sur l'espoir d'une vie meilleure pour les pauvres, et notamment pour la mère du jeune insurgé qui avait pris la tête des émeutes de Bamako, assassiné par on ne sait trop qui.
Le chef de cabinet du Maître de la Ville tente de le faire tuer, échoue, et ne sait pas qui a fait l'ouvrage à sa place, avant de découvrir que ce jeune Dianguina était son neveu. Il en tire pour seul enseignement que riches ou pauvres, les hommes constituent une seule et même famille, l'espèce humaine. Mais il n'est pas certain pour autant qu'il viendra en aide à sa cousine Mariam, la mère de Dianguina.
Parallèlement, Safi, fille du Maître de la Ville, que Diangana a séduite grâce à un philtre magique qu'il compose lui-même (un des passages savoureux du bouquin), vient elle aussi voir Mariam, avec l'enfant né de cette éphémère union. Mais elle non plus ne semble pas décidée à venir en aide à cette famille pauvre.
Enfin, les émeutes se soldent par quelques mesures sociales auxquelles les pauvres ne croient pas une seconde : ils ne sont pas en mesure de produire les pièces administratives qui leur permettraient de faire valoir leurs droits.
On a l'impression que tout va retourner à l'ordre ancien, dans la résignation de tous...

Adame Ba parle aussi de l'excision, et décrit en partie l'initiation des jeunes filles qui l'accompagne dans certaines régions d'Afrique. L'expérience n'y est pas aussi traumatisante que dans le témoignage de Khady, et l'excision est présentée comme une sorte de parallèle avec la circoncision masculine, également pratiquée dans le groupe ethnique et religieux dont il est question dans le livre.

Pas de révolte. Pas d'espoir. Même si la langue est assez bien traitée, et en dépit de quelques scènes d'anthologie (la préparation du philtre d'amour précédemment évoquée, un cours sur les parfums, et un sacrifice aux Dieux pour obtenir le rétablissement de l'ordre dans Bamako) j'avoue que j'attendais davantage de cette femme qui se présente comme une militante des Droits de l'Homme...
Sa connaissance des parfums cependant m'a séduite, et en tant qu'amateur d'encens, je pense que je lirai son ouvrage "Parfums du Mali", où elle dévoile paraît-il, tous les secrets de séduction des femmes maliennes...

Ce sont essentiellement des sites africains qui parlent du livre. Sur Femmes écrivains et littératures africaines, une interview de l'auteure à propos de ce premier roman, une bibliographie d'Adame Ba Konaré, et une présentation de la littérature malienne. Sur passion du livre, la présentation du livre et ses premières lignes. Sur BamaNet, un article du Républicain relatant la dédicace de l'ouvrage. Sur Bamako Culture, une critique plutôt élogieuse, comme sur Afribone et sur Malikounda. Et sur RFI, une courte interview sonore de l'auteure. Bon, apparemment, je suis la seule à porter un regard critique...
Si je ne peux nier qu'en effet, le roman dépeint bien la fracture sociale comme c'est répété partout, je n'ai pas forcément capté le message de partage. Mais ce n'est pas forcément facile pour la femme du Président de porter ce discours, et l'on perçoit au travers des différentes interviews, comme d'ailleurs lors du débat d'Africajarc, qu'elle est assez conservatrice. Elle est aparemment plus virulente dans les discours plus politiques, comme dans son discours inaugural aux Rendez-vous de l'histoire de Blois, en 2003.

Pour en savoir un peu plus sur le Mali et son histoire, on peut se reporter à la chronologie proposée sur le site Histoire de l'Afrique de l'Ouest, ou à Wikipedia : présentation du Mali, histoire du Mali. Je suis aussi allée jeter un oeil à la biographie d'Alpha Oumar Konaré, l'époux d'Adame Ba, et à la présentation de l'Union Africaine, dont il est l'actuel président. Je m'aperçois que je sais très peu de choses de l'Afrique...

1.8.06

Mutilée, de Khady Koita

J'ai entendu Khady Koïta lors de la conférence-débat "La sexualité et l'ordre social en Afrique", proposée durant le festival Africajarc. C'est une femme magnifique. Belle, courageuse et énergique, elle se bat pour la dignité de la personne, et particulièrement "pour la prévention des pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants", intitulé de l'association Euronet FGM dont elle est présidente. Son livre raconte son édifiant parcours de femme. Excisée à sept ans, mariée à un homme qu'elle ne connaît pas à treize ans, mère à quatorze. Installée en France depuis son mariage, elle a eu cinq enfants. C'est en aidant les autres femmes et en cherchant à reprendre son autonomie qu'elle a pris conscience de l'étendue des dégâts provoqués par ces pratiques traditionnelles, plus ravageuses encore lorsqu'elle sont pratiquées hors de leur contexte national. Le parcours de Khady Koita montre que partout, l'éducation et l'indépendance économique sont les conditions de l'émancipation : c'est notamment parce qu'elle parlait français et était allée en classe jusqu'à son départ pour la France que Khady a pu s'en sortir. Depuis, elle porte son témoignage dans le monde entier, et poursuit son travail d'aide aux autres femmes au travers des associations membres du réseau Euronet FGM, parmi lesquelles on compte notamment le GAMS et équilibres & populations. A Genève en 2003, elle rappelle des chiffres qui font froid dans le dos : je ne pensais pas je l'avoue, que les mutilations sexuelles étaient encore si nombreuses.
On peut aussi lire un dossier intéressant sur le portail Afrik.com, le compte rendu de la journée humanitaire du 8 mars 2006 sur Gynécologie Sans Frontières, et un extrait de l'intervention de Khady Koita dans Le Devoir. Elle s'exprime sur la chrirurgie réparatrice dans un article de e-marrakech, un portail marocain d'actualités.
Elle défend l'application pleine et entière du Protocole de Maputo.

Le livre de Khady ne laisse pas indifférent, heureusement et évidemment. Commençons par le papier de Habibou Bangré sur Afrik.com, qui me semble sonner assez juste. Je n'aime pas l'intro de Nicolas Boulet pour lemagazine.info, mais une fois passé ces trois lignes... C'est Brigitte Bontour qui présente le livre sur Ecrits-Vains.
On peut également lire la présentation sur le site de l'éditeur Oh! éditions.
Pour ceux qui veulent en savoir plus, RFI propose plusieurs livres sur la même thématique, et le site Femmes écrivains et littératures africaines présente une large sélection d'auteures et d'ouvrages en français.
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