30.6.06

Un secret, de Philippe Grimbert

Il paraît qu'il y a des secrets dans toutes les familles... Dans la mienne, je n'en connais pas, je n'en soupçonne pas. Parce qu'ils m'ont été dévoilés, ou parce que je suis sourde ?

Dans la famille de Philippe Grimbert, le secret est consistant, l'enfant perspicace... et l'individu solide d'avoir été capable d'y faire face aussi magistralement. Rassurant pour les patients du psychanalyste, et fascinant pour les lecteurs de l'écrivain.
Si à titre personnel j'ai davantage été touchée par les propos de La petite robe de Paul, j'ai été épatée par Un secret. Comme dans son premier livre, l'écriture est sobre, sans pathos, et plonge au plus profond de l'intime, sans jamais basculer dans l'impudeur. Le poids du sujet n'empêche pas la légèreté, voire la poésie, et j'aime bien la manière dont il reconstitue la rencontre de ses parents, dont il devine les secrets de leur entente.
Bien sûr, on peut retenir la leçon de vie, qui en effet est l'un des fils conducteurs de la psychanalyse : pouvoir dire les choses, leur faire face, ne pas juger, et... évacuer les inutiles culpabilités, comme si la psychanalyse devait d'abord nous délivrer de la pression judéo-chrétienne.
Philippe Grimbert dit au passage des choses que les témoins de la Shoah disent peu sur les conséquences d'un génocide au plus intime des familles. Bref, une intéressante et émouvante plongée dans l'humain, qui mérite la lecture, comme les distinctions qui lui ont été décernées.

Compte tenu de ses prix, l'ouvrage est abondamment commenté sur le web... et je ne restituerai pas tous les liens. Compte tenu de son sujet, il me parait judicieux de ne pas dévoiler le secret : sa découverte fait partie du plaisir de la lecture . Donc, même si j'apprécie la critique de Marie-Dominique Lelièvre pour Lire, je conseille de ne la lire qu'après le livre. L'Express est plus discret, comme les lecteurs du Club des rats de biblio.net, qui se sont conformés à "l'ordre" de Clarabel, première lectrice à commenter l'ouvrage, ou Litera05. La réflexion sur l'identité proposée par Lamed.fr est aussi intéressante. Lire les premières pages du livre sur le site de son éditeur, Grasset, ne dévoile pas le secret. Quant à Film de Culte, le secret qu'il dévoile... c'est que l'ouvrage fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique. Hum, il y faudra bien de la subtilité !

24.6.06

L'Algérienne Assia Djebar a été reçue sous la coupole de l'Académie française

J'ai parlé d'Assia Djebar lorsque j'ai lu "Femmes d'Alger dans leur appartement". Je suis heureuse qu'elle entre à l'Académie Française, parce que c'est une femme et qu'elle est algérienne, parce que son travail est intéressant et émouvant. Certes, ce n'est que symbolique. Mais les symboles ne sont-ils pas tout ce qui nous reste, dans un monde dont les valeurs semblent s'évaporer à toute allure ??

Le Monde relate en détail l'entrée de cette grande femme sous la Coupole :

18.6.06

La petite robe de Paul, de Philippe Grimbert

On ne sait pas toujours pourquoi on achète un livre. Celui-ci, je crois que je l'avais inscrit sur une liste de cadeaux à la suite d'une chronique entendue sur France Inter ou France Infos, et c'est ma mère qui me l'a offert. Je ne sais pas non plus pourquoi, alors qu'il dort dans ma bibliothèque depuis bientôt deux ans, j'ai ressenti maintenant l'impérieuse nécessité de le lire. Pour rester dans les robes, sans doute, dans ces robes d'hommes qui nous dévoilent des abîmes... Et je l'ai dévoré d'une traite.
Philippe Grimbert est psychanalyste, je viens de le vérifier sur le net, et ça ne m'étonne pas. Son écriture est simple, sans fioriture, efficace. Terriblement efficace.
A partir d'une anecdote un peu étrange, bien que très ancrée dans un quotidien banal, La petite robe de Paul nous entraîne dans la vie intérieure d'un couple, dans les secrets de famille, les deuils mal cicatrisés, le mystère jamais tout à fait dévoilé des êtres avec lesquels on vit pourtant au quotidien. La construction parfaite du récit permet de suivre le cheminement conscient et insconscient de Paul et d'Irène, alors qu'une simple robe d'enfant leur impose en quelque sorte de faire le point, séparément puis ensemble, sur les blessures passées qui les empêchent de poursuivre leur route, de s'accomplir en tant qu'individus et en tant que couple, de se libérer de ce qui fut trop douloureux, en commençant par accepter que ce le fut.
Forcément, cette histoire qui recoupe certains pans de la mienne réveille mes démons et mes questions. Mais même sans cela, l'écriture est suffisamment puissante pour nous plonger de manière très directe dans la pensée des personnages, et nous faire ressentir intensément ce qu'ils traversent. Chaque individu a ses secrets, même celui qui semble le plus banal et dont la vie semble s'être écoulée sans heurts. Mais la souffrance sans doute est nécessaire à la construction de l'être, ce que nous dit aussi différemment le récit de Robert Alexis, avec le questionnement sur l'ambiguïté des sentiments et des pulsions, les hasards qui n'en sont pas, les rencontres qui changent notre vision des choses... Reste ensuite à trouver des réponses, et au-delà peut-être, au moins un être entre les mains de qui remettre nos lourds secrets, avouer nos peines, dire vraiment ce que certaines épreuves ont remué au fond de nous, pour qu'enfin la glue du passé cesse de plomber nos semelles... C'est là me semble-t-il le message du roman de Philippe Grimbert. Un message de psychanalyste évidemment. Mais aussi un message de bon sens.

Les critiques du livre sont plutôt bonnes, notamment dans Lire, qui salue le premier roman du psychanalyste. Mais les lecteurs à mon avis s'empêtrent parfois dans leur interprétation du roman... Je ne suis pas d'accord avec Clarabel sur le Club des Rats de Biblio.net lorsqu'elle évoque la description d'un couple trop parfait et donc énervante, ni avec Paula sur Critiques Ordinaires, lorsqu'elle dit que Paul n'a pas trop souffert de la fausse couche de sa femme (à mon avis, c'est tout le contraire qui est révélé par la petite robe blanche...), encore moins avec Marie-Ange sur Lisons.info lorsqu'elle parle d'un couple superficiellement uni dont la trame va s'user jusqu'à la corde. Les remarques de Pierre Bachy me semblent un peu plus fondées même si je trouve leur formulation embrouillée, et A travers les livres, plus concis dit finalement les choses plus justement.
On peut en savoir un peu plus sur Philippe Grimbert dans un court article de Wikipedia, et lire les premières pages du livre sur le site de son éditeur, Grasset.

La robe, de Robert Alexis

Bon, voilà que José Corti se met aux couvertures pelliculées et aux pages massicotées... Mais quelle couverture : le dessin d'Egon Schiele a contribué à mon achat du livre tout autant que le petit commentaire de la librairie Folies d'Encres, une librairie comme je les aime. Le vendeur m'a confié qu'il l'avait lu le week-end précédent, et qu'il y avait une sorte de mystère autour de ce livre : apparemment, l'éditeur n'a jamais rencontré l'auteur, dont le manuscrit lui est parvenu par la poste. D'aucuns prétendent que le nom de l'auteur serait un pseudonyme, et tout le petit monde littéraire se demande qui pourrait bien se cacher derrière... Qu'importe. Le livre est exactement ce que m'en a dit le vendeur : bref, dense, nourri, et très bien écrit. J'adhère au commentaire qui en est fait sur le site de José Corti : moi aussi j'ai pensé aux scènes d'Eyes Wide Shut, le dernier film de Kubrick, oui, exactement à ce film là, bien qu'obscurément le livre me rappelle d'autres scènes que je ne sais pas me remémorer... Ce qui remonte à la surface est sans doute ce qui était le plus puissamment mis en scène. Et je pense que ce livre, qu'on lit d'une seule traite sans pouvoir s'arrêter, remontera aussi régulièrement à la surface. Une histoire fantastique, et cependant tellement plausible de bout en bout qu'on ne peut à aucun moment se penser à l'abri de telles aventures, si toutefois on tombe sur un "maître" aussi puissant qu'Hermann. Un récit qui force à s'interroger sur ses propres lignes intérieures et sur leur robustesse... J'ai envie de ne pas en dire davantage : il est tellement agréable de se laisser surprendre par un texte dont on sait peu de choses.

Néanmoins, pour ceux qui seraient plus curieux, on peut aller lire la présentation de l'ouvrage et la revue de presse sur le site de José Corti. Ou encore un bouquet de critiques élogieuses, sur Benzine, Terres de Femmes, ou le site de Calou, "l'ivre de lecture".

17.6.06

Akhénaton le renégat, de Naguib Mahfouz

Je récidive donc avec Naguib Mahfouz. Akhénaton le renégat se situe lui aussi dans l'Egypte antique, et nous propose différentes interprétations des événements survenus pendant le règne de ce Pharaon qui prôna, le premier, une religion monothéiste dédiée au dieu Aton. L'histoire du pharaon nous est contée par différents personnages qui vécurent sous son règne : son grand vizir, le grand prêtre d'Aton, le prêtre d'Amon.... Le récit de la belle Néfertiti, épouse du Pharaon, clôture le roman, laissant le lecteur à sa perplexité... Les témoignages, collectés par Méri Moun, un jeune noble égyptien qui cherche à faire la lumière sur ce pharaon controversé, sont loin d'être convergents : chacun défend son point de vue, et partant ses intérêts politiques. Mahfouz en profite une fois de plus pour brosser le tableau des passions humaines, sans pour autant délaisser la poésie, très présente dans ce texte, notamment au travers des odes composées pour le fameux dieu Aton, par le Pharaon lui même ou sa royale épouse. Très lucide aussi, et un brin malicieux, il nous laisse entrevoir l'influence qu'exerce la beauté de la reine Néfertiti sur le jeune narrateur, comme sur les autres hommes de son temps d'ailleurs. On notera au passage que les égyptiens ne reniaient pas l'influence de cette beauté des corps, et que les jeunes filles les plus belles se présentaient aux réceptions royales en robes transparentes !

J'ai n'ai trouvé que des critiques élogieuses, sur Les carnets de lecture de Lhisbei, et dans les commentaires de lecteurs d'Amazon. Par contre, le roman donne envie d'en savoir plus sur le couple royal et l'histoire égyptienne, loin d'être élucidée malgré les intéressantes découvertes des archéologues. On pourra trouver quelques pistes dans Wikipedia, dans les pages dédiées à Akhénaton et Néfertiti.

4.6.06

L'amante du Pharaon, de Naguib Mahfouz

J'ai trouvé ce livre la semaine dernière, à la librairie du Musée du Louvre, en sortant d'une visite des salles d'antiquité égyptienne. J'ai eu envie de rester dans l'ambiance... et je n'ai pas été déçue !
L'Amante du Pharaon ressemble à un conte des Mille et une Nuits, une fable à la fois splendide et tragique, qui stylise sans les caricaturer les grandes passions humaines : amour, pouvoir, richesse...
Le roman nous raconte la passion d'un Phraraon de l'Egypte ancienne pour une courtisane dont la beauté semble enchanter, au double sens du terme, tous les hommes qui l'approchent. Une année, et quatre saisons de l'amour, toutes intenses et intensément vécues par Rhodopis la courtisane, et Mérenrê II, son royal amant.
La psychologie des personnages est présentée sous son double aspect, positif et négatif, sans jugement de valeur. Le lecteur peut ainsi s'attacher à chacun, et vivre avec eux les émotions et les drames auxquels il sont confrontés.
L'écriture est à la fois belle, ferme et efficace. Aucune longueur inutile, et pourtant tout est dit. Amour, espérance, orgueil, peur, grandeur et déchéance. Le ton restitue, sans jamais ennuyer, le caractère un peu grandiloquent des discours officiels, les conversations intimes et les voix intérieures.
Au passage, l'auteur évoque les splendeurs de l'Egypte ancienne que voyages, photographies et musée nous ont fait découvrir... Je ne suis encore jamais allée en Egypte, mais cette lecture en renforce bien sûr le désir, tout autant que la visite du Louvre d'ailleurs.
Je ne connaissais pas Naguib Mahfouz, pourtant Prix Nobel de littérature en 1988. L'amante du Pharaon est l'un de ses premiers romans, paru en 1943, mais il n'a été publié en français qu'en 2005. Je pense que je vais continuer mon exploration de cet auteur...

Wikipedia propose bien sûr une intéressante biographie de l'auteur, et pour nous rafraîchir la mémoire, la liste des Prix Nobel de littérature. Aucune critique de lecteur sur le web. La présentation de l'éditeur propose des critiques de presse, et RFI une interview sonore des traducteurs du roman, dont on peut saluer le travail.
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